Dans la plupart des livres sur l'histoire de la langue française, on apprend qu'il ne nous reste quasiment rien de notre héritage gaulois.
200 mots peut-être - à comparer aux quelque 60 000 entrées d'un Petit Robert ou d'un Petit Larousse. Alouette, truie, chêne, jachère, berge et c'est à peu près tout.
Et si cette analyse était fausse ?
C'est la thèse que défend Jacques Lacroix dans Les irréductibles mots gaulois. Selon cet agrégé de lettres spécialiste de la civilisation celte, notre lexique actuel serait beaucoup plus influencé qu'on ne le croit par notre passé gaulois.

Texte tiré d'un article de Michel Feltin-Palas paru dans l'Express le 27 avril 2021 transmis par notre intervenante UNTL en langue provençale et en paléographie Vally Laget.

Voir une présentation du livre par son auteur Jacques Lacroix:
« Les Irréductibles Mots gaulois dans la langue française »



Image du blog de la série BD La guerre des Gaules de Tarek et Vincent Pompetti aux éditions Tartamudo

Suite du texte de Michel Feltin-Palas :
Les exemples qu'ils donnent sont légion (romaine, évidemment), comme le montrent les mots indiqués ci-dessous en gras :

  • La pièce a été balayée.
  • Les quais du métro sont encombrés, les rames sont bondées.
  • Je voudrais quatre tranches de jambon.
  • Les tonneaux et les bouteilles sont bien rangés dans le chai.
  • Le cheval gambade le long de la berge.
  • Les valises sont chargées.
  • Le car est sorti du tunnel.
  • Alors que son frère est débraillé, lui est toujours bien habillé.

Pourquoi un tel écart entre la réalité de l'imprégnation celte et la perception de cette réalité ?
Celui-ci, selon Jacques Lacroix, tient principalement à un décalage dans le temps.
Le français, en effet, n'est apparu qu'à la fin du haut Moyen Age, soit bien après la disparition du gaulois.
Résultat : ce n'est pas lui que le gaulois a influencé directement, mais le latin, qui a absorbé bien des mots gaulois avant que notre idiome national ne les récupère de manière indirecte.
" Un nombre non négligeable de mots gaulois, souvent transmis par le bas latin contaminé, s'est gardé dans notre langue", écrit l'auteur.
Facteur aggravant : l'écrasante majorité des spécialistes de la langue française sont des romanistes qui, en réalité, connaissent peu ou pas les langues celtiques.
Ces deux facteurs réunis auraient débouché sur une sous-évaluation patente. Et c'est "pour redonner conscience à cette inconscience gauloise", comme il l'écrit avec un sens certain de la formule, que Jacques Lacroix a entrepris cet ouvrage.
Mieux - ou pire, selon les points de vue - l'importance du gaulois a été sous-évaluée à la fois quantitativement et qualitativement, en limitant le vocabulaire gaulois au registre peu glorieux de campagnes reculées et de peuplades peu évoluées.
"Préjugés !", s'insurge encore l'universitaire, qui rappelle à raison que les progrès de l'archéologie ont renversé cette image.
Le lexique que les Gaulois nous ont légué présente donc aussi l'intérêt de saisir les domaines auxquels ils accordaient le plus d'importance.
La guerre (glaive, javelot, lance) et l'agriculture (soc, charrue, mouton, tomme), certes, mais aussi l'industrie (étain, mine) ; l'artisanat (tanneur, drap, charpentier) ; le transport (chemin, lieue, char) ; le commerce (échange, troc) ou encore la religion (druide).
Au total, Jacques Lacroix a recensé environ 1000 mots issus du gaulois (y compris leurs dérivés et leurs composés).

L'auteur de l'article, Michel Feltin-Palas, rédacteur en chef à l'Express, publie depuis 2018 une lettre d'informations hebdomadaire consacrée aux langues de France, intitulée "sur le bout des langues".
Vous pouvez vous y inscrire, c'est gratuit !
https://bit.ly/2wQFpHY.