Le Rhône. Un fleuve sur lequel les navires n’ont cessé de naviguer.
Le fleuve, animé par un fort débit, est naturellement profond (jusqu’à vingt mètres) et n’a jamais eu besoin d’être dragué pour rester navigable, d’où sa richesse archéologique.
Le long de cette route maritime empruntée pour relier la Méditerranée au nord de l’Europe, furent bâties plusieurs villes, dont Arles, qui jouissait d’un emplacement de choix (proximité avec plusieurs axes de circulations : fluvial, routier, maritime).
La cité antique doit son essor à Jules César, avant d’être embellie par l’empereur Constantin Ier au IVe siècle. Prisée des Romains, elle était surnommée la petite Rome des Gaules (arènes, amphithéâtre, théâtre, thermes, palais et remparts témoignent encore aujourd’hui de ce riche passé).

Son port de commerce, idéalement situé, était très fréquenté.
Un pont de bateaux le reliait au centre de la ville, encadré par deux culées de maçonnerie.
Il possédait deux pont-levis pour permettre aux bateaux de passer. Son existence est attestée par de nombreux textes antiques et un pont identique existe en 1660.
Le DRASSM (Département des recherches archéologiques sous-marines), dirigé par Luc Long, recense les épaves et les découvertes s’enchaînent depuis 2007 :

  • Rive droite le port s’étend tout le long de l’actuel quartier de Trinquetaille, là où le portrait de César ainsi qu’un groupe d’objets sacrés (dieux et divinités secondaires) ont été découverts en 2007.

Le positionnement précis des découvertes faites dès 2007, le long de la rive droite, démontre l’existence d’une concentration exceptionnelle d’objets sculptés, déversés sur la pente jusqu’à 13 m de fond. Véritable anomalie, si on le compare aux rares objets épars habituellement recensés le long des berges, ce groupe comprend près d’une trentaine de sculptures, parmi lesquelles le portrait de César, la statue de Neptune, les Dioscures, Vénus, Esculape, Apollon, Artémis, Bacchus, Hercule… La datation des couches stratigraphiques sur lesquelles reposaient ces chefs d’œuvres en marbre et en calcaire est très tardive : la fin du IVème siècle ou le début du Vème siècle après J.-C.
Mais en 2009, la mise au jour dans une fouille terrestre tout près du fleuve, par Philippe Mellinand et les archéologues de l’INRAP, d’un grand four à chaux qui fonctionne à la même époque, constitue sans doute la clef de l’énigme. Il est possible que ces sculptures aient simplement servi de stock de marbre pour les chaufourniers. En effet, la fin du IVe siècle correspond à la politique antipaïenne de Théodose qui impose le christianisme comme religion d’Etat et ordonne la destruction ciblée des derniers symboles païens dans les villes romaines. Stockés au bord du Rhône, à proximité du four, ces objets ont peut-être été scellés par une crue, puis lentement aspirés par l’érosion fluviale et son effet de sape.

Le chaland « Arles-Rhône 3 » visible au Musée Départemental Arles Antique, a été découvert également rive droite comme une vingtaine d’autres. Il mesure plus de trente mètres de long et a été daté des années 50-60 après J.-C., sous le règne de l’empereur Néron. Il s’agissait d’un bateau affecté au commerce fluvial de proximité car sa cargaison retrouvée de 25 tonnes de pierres provenait de carrières situées quelques kilomètres en amont d’Arles. L’état de conservation est tel que le navire possède encore son gouvernail, son mat de halage, une partie de ses poulies et de ses cordages et même la cuisine des mariniers avec leurs ustensiles, leur four et la réserve de bois pour la prochaine cuisson !
Cette embarcation est la plus complète, pour la période romaine, jamais présentée dans un musée.

  • Rive gauche : une découverte exceptionnelle : une barge à fond plat, « épave 24 », longue de dix-huit mètres, au chargement intriguant : le fond du bateau est stabilisé par des tuiles volontairement collées entre elles. Les débuts de la fouille révèlent une centaine de pièces de monnaie qui permettent d’estimer l’époque à laquelle l’embarcation a coulé et, surtout, elles attestent l’importance du convoi.

Puis ce sont des pièces d’or en quantité, des lingots à la teneur en argent exceptionnelle, des plaques de métaux précieux qui sont sortis du fleuve.
Enfin une médaille en or ainsi qu’une boucle de ceinture du même métal.

Grâce aux pièces de monnaies, marqueur chronologique fiable, le naufrage de l’« Epave-24 » a pu être daté du bref règne de Constantin II (337-340), né à Arles en 316, fils de Constantin-le-Grand, premier empereur romain chrétien.
En effet, c’est en 313, précisément, que Constantin-le-Grand, après avoir éliminé Maxence (fin 312), décide de transférer l'atelier monétaire d'Ostie vers Arles, où l'empereur choisit d’établir également une de ses résidences.
Le bateau, chargé de métaux a sombré alors qu’il devait sans doute porter son précieux chargement vers cet atelier.
Les découvertes archéologiques viennent confirmer que l’atelier se situait près du Forum, plus précisément entre le Forum et les Thermes dits « de Constantin ».
Une fouille menée en 2001 par les archéologues arlésiens a permis en effet de découvrir dans une cave toute proche, une vingtaine de flans monétaires dans quatre strates archéologiques différentes.
De plus, des prospections archéologiques menées dans d’autres caves ont permis de recenser un bâtiment rectangulaire de grande taille, sans éléments architecturaux particuliers, qui pourrait être identifié comme l’atelier monétaire.
Il est possible qu’en 339, Constantin II, aux prises de difficultés avec son frères, Constant Ier qui s’est affranchi de sa tutelle. Constantin II doit l’affronter et a besoin d’argent pour marcher sur l'Italie avec ses troupes. Constantin II est engagé dans des opérations militaires et est tué dans une embuscade dans les environs d'Aquilée, à la suite de quoi Constant Ier prend le contrôle du domaine de son frère tandis que le troisième frère Constance II garde le pouvoir dans la partie orientale de l'Empire.
L'Empire est alors réparti entre les deux frères, dans une partition qui est doublée du différend religieux arien dans lequel ils sont d'avis opposés.
''Sources : https://www.legio6victrix.com
Musée d’Arles antique''